Leçon de style
À la tête de Casa Lopez, Pierre Sauvage cultive une élégance hédoniste où la matière parle autant que la couleur. Chez lui, en Normandie, chaque pièce raconte un voyage. Autant de détails précieux qui composent un décor vivant, pensé pour le plaisir des yeux autant que pour l'art de recevoir.
UN ART DE VIVRE AVANT TOUT
Chez Pierre, plus qu'un intérieur, c'est une manière d'habiter. Les volumes accueillent généreusement la lumière et chaque perspective réserve un spectacle animé : une table en bois au veinage marqué, une commode XVIIIᵉ adoucie par des bouquets frais, une banquette enveloppée par une étoffe à rayures qui invite à la conversation. L'œil se promène, guidé par une palette chaleureuse – olive, safran, indigo – que Pierre accorde avec justesse. Rien d'ostentatoire, l'ensemble de cette composition intérieure est orienté par la valse du temps et le confort : des matières naturelles, des fibres qui respirent, des finitions que le temps embellit. Dans cet intérieur, la main de l'artisan est partout. Les tapis graphiques et douillets donnent le ton. Les céramiques, légèrement irrégulières, apportent une joie immédiate à la table. Les verres soufflés invitent à multiplier les convives. Cet attachement au geste rythme la maison : on superpose, on mélange, on s'amuse sans se prendre au sérieux. Une logique s'impose toutefois, discrète mais sûre – celle d'un œil qui sait orchestrer les contrastes pour créer de l'équilibre en cadence. « Casa Lopez, c'est souvent le mélange d'une matière riche et d'une matière pauvre », explique-t-il en caressant un tapis où la laine brodée se marie au jute brut.
UNE PASSION DEVENUE MÉTIER
Dans le salon de son château normand, Pierre Sauvage évoque avec passion l'histoire de sa reconversion. Après plus de vingt ans dans la communication, cet amoureux des belles choses a franchi le pas en reprenant Casa Lopez, une maison qu'il admirait depuis longtemps. « C'était l'idée d'une décoration assez facile, où on pouvait changer la saisonnalité de sa maison juste en changeant un tapis. À la fois accessible et avec un goût assez fort. » Une approche organique qui reflète sa philosophie : créer d'abord pour soi, avant de partager avec les autres. « Tout ce qu'il y a chez Casa Lopez, ce sont des choses que j'ai chez moi ou que je pourrais avoir. »
« Tout ce qu'il y a chez Casa Lopez, ce sont des choses que j'ai chez moi ou que je pourrais avoir. »
UN ÉCRIN CÉLÉBRANT L'ART DE RECEVOIR
À une heure de Paris, Pierre Sauvage a restauré pendant quatre ans un château incarnant sa vision de l'art de vivre. « Mon critère principal était d'avoir une maison au cœur du domaine pour ressentir l'éloignement de la ville. » Cette propriété délaissée, enveloppée de nature, l'a séduit par son potentiel. « Lors de ma première visite, j'ai passé presque deux heures dehors. Il y avait des biches, des renards… On avait l'impression d'être loin du monde. » Dans sa demeure normande habillée de treize tissus différents, il a créé un univers où chaque pièce raconte une histoire. « J'avais envie de beaucoup de textiles. C'est d'un confort fou : enveloppant, et aussi une protection phonique. » Velours de coton, percales imprimées, toiles de lin : les matières naturelles habillent les murs dans un camaïeu chaleureux. La maison se pense en scènes conviviales : une table dressée sans apprêt, des assiettes dépareillées, des nappes en lin froissées. Les salons favorisent la circulation, les couleurs prennent des accents solaires au couchant. Ses dîners partent toujours d'une inspiration. « Si c'est en janvier, je vais imaginer une installation avec des mimosas et des détails contrastants. » Amateur de plats uniques – pot-au-feu, couscous –, il saisit la noblesse de la convivialité.
« Il faut qu'il y ait toujours ce twist entre une chose sophistiquée et une chose plus brute. »
UN IMAGINAIRE MÉDITERRANÉEN
Cette esthétique puise dans un imaginaire méditerranéen assumé. « C'est l'idée d'un art de vivre latin, coloré. Un peu la maison de vacances permanente, quelque chose d'assez joyeux aussi. » Entre ses chevaux, ses cochons et sa basse-cour, dans ce château qui n'a pas fini de révéler ses secrets, il cultive un art de vivre généreux où l'authenticité fait de l'effet. « L'inspiration est souvent très liée à l'enfance. Des souvenirs que l'on a, des objets que l'on a connus. Ce sont plutôt des choses anciennes que l'on garde dans sa boîte aux trésors intérieure et qui font notre culture finalement. » Une philosophie qui fait de chaque création un morceau d'histoire personnelle partagé avec le monde.
Une vision incarnée jusque dans son ouvrage Plans de table, publié en 2024 chez Flammarion, véritable manifeste de l'art de recevoir.
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